Une cour d’appel française a statué mercredi qu’une nounou algérienne reconnue coupable d’avoir empoisonné la famille juive pour laquelle elle travaillait n’était pas motivée par l’antisémitisme.
La décision de la cour d’appel de Versailles intervient quelques mois après que la nounou, identifiée comme Leïla Y., 42 ans, a été condamnée en décembre à deux ans et demi de prison par le tribunal correctionnel de Nanterre pour avoir tenté d’empoisonner avec des produits de nettoyage la famille juive pour laquelle elle travaillait.
Lors de son arrestation et d’une perquisition ultérieure au domicile le 5 février 2024, Leïla Y. a déclaré à la police : « Parce qu’ils ont de l’argent et du pouvoir, je n’aurais jamais dû travailler pour une femme juive ; elle n’a fait que me causer des ennuis. »
Malgré les propos de la nounou, le tribunal de Nanterre a rejeté la circonstance aggravante d’antisémitisme dans l’affaire, et la cour d’appel de Versailles a jugé dans sa dernière décision que les propos de la nounou ne constituaient pas des propos antisémites.
Les avocats de la famille, Patrick Klugman et Sacha Ghozlan, ont dénoncé la décision dans un communiqué de presse, affirmant qu’ils feraient appel à nouveau de cette décision.
« Cette décision rend impossible la répression judiciaire de l’antisémitisme et transforme les textes juridiques, censés être protecteurs, en simples bouts de papier inutiles », ont déclaré Klugman et Ghozlan. « Face à une telle décision, les justiciables risquent de perdre toute confiance et toute protection de la part de l’institution judiciaire. »
Les avocats de la famille ont également appelé le ministère de la Justice et l’École nationale de la magistrature à « revoir en profondeur la formation initiale et continue des magistrats en matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme », et ont exhorté le procureur général à déposer un recours « dans l’intérêt de la société ».
Yonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a qualifié la décision d’« incompréhensible » dans un article sur X, ajoutant qu’elle « soulève des questions sur l’aveuglement volontaire de la société française à l’égard de l’antisémitisme alors qu’il constitue la toile de fond des affaires sans en être l’unique élément ».
« Existe-t-il des contextes qui rendent les propos antisémites acceptables au point que la justice refuse de les voir ? Arfi a continué. « Cette légitimation de l’antisémitisme est une étape de plus dans sa tragique banalisation depuis le 7 octobre. »
Cette décision intervient dans un contexte de forte augmentation des incidents antisémites en France depuis le 7 octobre, et fait suite à plusieurs affaires judiciaires très médiatisées ces dernières années qui ont suscité un tollé au sein de la communauté juive du pays sur la manière dont la justice française poursuit l’antisémitisme.
Jeudi, les législateurs français ont retiré un projet de loi sur l’antisémitisme quelques heures avant qu’il ne soit débattu, ce qui aurait rendu illégal le fait de cautionner ou d’inciter « implicitement » au terrorisme ou d’appeler à la destruction d’un État reconnu par la France. Une loi similaire devrait être présentée par les législateurs français en juin.
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La cour d’appel française rejette l’accusation d’antisémitisme dans l’empoisonnement d’une famille juive par une nounou apparaît en premier sur Jewish Telegraphic Agency.